Quel sapin de Noël choisir et pourquoi ?

quel sapin de noel choisir
Choisir son sapin, entre écologie et traditions

Chaque année, la grande incertitude revient : acheter un sapin naturel, est-ce écologique ? Les sapins artificiels, fabriqués et acheminés en porte-containers sont-ils plus intéressant ? Alors que le marketing nous pousse à l’achat à grands renforts de promotions, de remboursements ou de bons cadeaux pour l’achat d’un sapin, nous avons étudié le sujet en profondeur et organisé un ramassage/broyage de sapins en 2021 ou 500 pièces ont été revalorisées. Clarifions la situation.

Cela peut sembler contre intuitif, mais les sapins naturels n’ont pas grand chose d’écologique. Certes, ils sont naturels, mais c’est à peu près tout.

Le sapin naturel, une monoculture comme une autre et une ressource avant tout

A l’image des grands champs céréaliers, les sapins sont eux-aussi cultivés sur de grands espaces en mono-culture. Et qui dit monoculture dit faible biodiversité, ce qui est particulièrement préjudiciable, s’agissant d’une culture non vivrière (au sens alimentaire du terme).
La monoculture favorise la transmission rapide des maladies et autres parasites, obligeant les producteurs à utiliser des intrants pour protéger leur source de revenus… autrement dit, on parle d’épandage de pesticides, qui détruiront tous les insectes sans distinction, qu’ils soient nuisibles, ou invasifs comme inoffensifs endémiques…
Bien que la filière fournisse de réels efforts pour limiter l’utilisation des intrants, seul le sapin Bio s’en sort mieux. Hélas, plus cher, il est aussi difficile (impossible ?) d’en trouver chez les marchands tant ils sont rares…
Enfin, il est important de considérer que cette culture non alimentaire occupe des espaces qui, s’ils étaient laissés aux forêts attenantes pour qu’elles y prospèrent, permettrait le développement puits de carbone, les arbres adultes absorbant infiniment plus de CO2 que les sapins juvéniles qui se retrouvent à leur place et sont coupés prématurément. Le même raisonnement s’applique à l’essor de la biodiversité et aux chaînes alimentaires associées.

Le sapin naturel impacte la ressource en eau

Le sapin naturel étant une ressource économique avant tout, sa (mono)culture fait vivre une filière. En toute logique, cette ressource doit être productive et protégée contre les aléas climatiques notamment. L’arrosage massif est donc pratiqué, y compris durant les périodes de sécheresse qui se multiplient et durent de plus en plus longtemps, pour ne pas voir les arbres sécher sur place (et voir les revenus d’une saison réduits à néant). Compréhensible, mais au moment où le stress hydrique (globalisé) s’accroit d’année en année, on peut décemment s’interroger sur ce point au moment d’acheter un sapin.
Par ailleurs, du fait des arrosages comme des précipitations, les intrants déjà évoqués plus haut (et généralement issus de l’industrie pétrochimique, NDLR) s’infiltreront dans les sols, contamineront les nappes phréatiques… un schéma désormais bien connu, aux impacts multiples tant sur la biodivertisté que sur la santé humaine (les résidus de pesticides iront jusqu’à détourner de la consommation d’eau du robinet au profit de l’eau embouteillée, catastrophe environnementale, un problème en alimentant alors directement un autre).

Une longue culture, une vie écourtée, un usage de quelques semaines, et une fin de vie indigne

« Mon beau sapin, roi des fôrets »… bien loin des belles idées véhiculées par les chants de notre enfance, nos sapins de Noël ont une vie très courte dans leur environnement naturel, cela pour notre consommation (oui, nous consommons du sapin de Noël) qui ne dure que quelques semaines à peine.
Les fêtes passées et une fois évacués (souvent dans un sac à sapin solidaire mais qui est aux antipodes de l’écologie), les sapins de Noël ne sont pas systématiquement envoyés en végéterie pour être transformés en engrais naturel (c’est le cas sur notre communauté urbaine GPSEO, un bon point) : ils sont souvent incinérés avec les ordures ménagères, libérant ainsi le CO2 qu’ils avaient capté durant leur courte vie… Pourtant, d’autres fins sont possibles (broyage et BRF en tête, alimentation des ovins…), mais leur mise en oeuvre est plus complexe et les débouchés incertains. Alors…

Mais aussi…

Désormais, nombre de sapins naturels sont vendus avec de nouveaux pieds « jetables » : croisillon en bois ou support en plastique, exit la bonne vieille buche qui pouvait être gardée d’une année sur l’autre, ou qui finissait dans la cheminée. Ces nouveaux pieds sont fixés sur un axe métallique enfoncé dans le tronc de l’arbre et quasiment impossible à extraire. Ils cassent et sont souvent jetés avec le sapin. Problème : ils viennent fortement perturber les filières de revalorisation, n’étant ni broyables, ni compostables, ni… rien ! A proscrire dès l’achat !
Se pose également la question du transport, qui pour le cas du sapin naturel, reste presque acceptable du fait de la localisation Française des exploitations. Mais l’empreinte carbone s’alourdi fortement lorsque vous allez le chercher en voiture, puis l’emmenez en déchèterie par exemple. Pas neutre.

Acheter un sapin artificiel, le réutiliser chaque année… le concept est séduisant et il semble facile d’affirmer qu’il constitue une alternative écologique crédible au sapin naturel. Et bien, pas forcément…

Le sapin artificiel, issu de l’industrie lourde

Un sapin artificiel, c’est en général une structure métallique recouverte de morceaux de plastique plus ou moins ressemblants à un sapin naturel.
La structure métallique nous renvoie à des notions d’industrie lourde : extraction, acheminement, fonderie, transport des pièces…). Extrêmement énergivore, et souvent produit dans des pays (généralement PRC ou RPC, c’est à dire Chine) où l’énergie est fortement carbonée (centrales à charbon en tête) et les conditions de travail et sociales déplorables.
Le corps du sapin, en plastique donc, sera pour sa part issu de l’industrie pétrolifère, donc des énergies fossiles très largement responsables du réchauffement climatique. La production du plastique est polluante et gourmande en eau.

Transport et fin de vie catastrophiques

Le sapin artificiel, produit bien loin de chez nous, aura déjà parcouru une bonne partie du globe quand il arrivera chez vous. Au delà du transport de toutes la matières premières nécessaires à sa fabrication, le sapin une fois dans son carton sera acheminé par porte-containers jusqu’en France, puis par camion jusqu’au magasin ou à l’entrepôt de stockage. Et généralement par camionnette ou via votre véhicule personnel pour la logistique finale. Et ce n’est pas rien :

« Sur la décennie écoulée, le transport maritime était annuellement responsable de 600 à 1 100 MtCO2, soit 3 % des émissions mondiales de GES. Et la tendance ne semble pas près de s’inverser au vu de l’augmentation constante des volumes de fret. D’après les experts du GIEC, les volumes ont augmenté de 250 % sur les 40 dernières années (en 2018, 11 milliards de tonnes ont été transportées. Un record). Ainsi, selon l’Organisation maritime internationale (OMI), les émissions pourraient être multipliées par deux d’ici 2050. Les émissions mondiales de GES seraient ainsi portées à 17 % (au lieu des 3 % actuels) »
Source : Greenly.earth

Côté fin de vie, un sapin artificiel sera considéré comme un « encombrant ». Exit l’incinération, bonjour l’enfouissement, comme c’est le plus souvent le cas pour ce type de déchet. Zéro revalorisation, zéro dépollution, tout ira sous terre. Pas un cadeau pour l’avenir car « le plastique ne disparaît jamais totalement et ses résidus toxiques issus notamment des additifs ajoutés lors de sa production s’infiltrent dans les eaux et les sols.  » (source : conservation-nature.fr)

Le sapin « do it yourself » (DIY), c’est un peu l’original de la famille. Le concept est simple : concevoir son sapin (et ses décorations, tant qu’à faire) avec des objets de récupération, et de le récupérer chaque année. Différent partout, c’est aussi le plus créatif : il vous permettra de vous faire plaisir selon vos envies, en s’adaptant aux spécificités de votre intérieur. Fait avec des livres, avec du bois de palettes, des branches ramassées dans les bois et de la corde, … la seule limite est celle de l’imagination.

De par son idée, vous l’avez compris : ce sapin a une empreinte environnementale nulle, et souvent même négative puisqu’il permet de prolonger la vie d’un article donné.
Il vous demandera simplement un peu de temps et d’idée.
Son seul défaut, les mentalités : « Ah bon, tu ne mets pas un vrai sapin ? », « Oui c’est sympa mais bon, moi je préfère un sapin normal ou artificiel, je suis trop attaché aux traditions », « Oh c’est original tiens… « . Et oui, l’original de la famille est aussi souvent un grand incompris, à tord !
Sachez que vous avez tout notre soutien, vous pouvez même nous envoyer une photo de votre création si vous le souhaitez ! Car évidemment, en ce qui nous concerne, nous valorisons la démarche écologique et la créativité associée au respect des traditions, bien au delà du simple « vernis » apporté par un sapin « habituel » ! Rendre enviable ce qui doit l’être, et ringard ce qui doit désormais appartenir au passé, nous sommes convaincus que c’est le meilleur moyen de faire évoluer les mentalités dans le bon sens !

Le sapin naturel présente un bilan carbone limité, mais une empreinte environnementale globale qui est loin d’être neutre, et qui se multiplie par le nombre des années. Le sapin bio, lui, s’en sort un petit peu mieux, sans renverser la table pour autant.

De son côté, le sapin artificiel présente une très lourde empreinte environnementale, ainsi, il aura besoin d’être utilisé au moins 15 ans pour être amorti écologiquement. Cela reste largement jouable si le modèle choisi est de bonne qualité. C’est donc une solution que l’on peut encourager, mais en bannissant les sapins artificiels bas de gamme, discount, colorés ou encore avec guirlande intégrée.
Voyez-le comme un investissement, qui sera amorti en quelques années (les sapins naturels n’étant pas donnés…), il est donc important que le modèle vous plaise particulièrement.
L’acheter d’occasion sera également un excellent moyen de partir avec une empreinte environnementale amoindrie.

Enfin, le grand vainqueur, le sapin DIY (fait à base de palettes ou de tout autre matériaux de récupération) : en plus d’être créatif et durable, il sera immédiatement amorti d’un point de vue écologique. De loin ce que l’on peut faire de mieux, avec un budget moindre en prime !

Et pour nos municipalités ?
Nous rêvons de voir des sapins DIY conçus par les services techniques de nos villes, et réutilisés chaque année. La réalisation des sapins pourrait être réalisée lors des périodes les plus creuses, pourrait faire l’objet d’appels à idées auprès des citoyens, pourrait impliquer les classes techniques ou encore faire l’objet de projets d’apprentis en menuiserie (par exemple) pourrait impliquer les Conseils Municipaux des Jeunes (CMJ)…
Un autre axe pourrait reposer sur la location de sapins qui sont ensuite replantés et continuent leur croissance. On pourra également challenger les prestataires sur ce volet en rejettant toute idée de « sapin consommable ».
Au delà des consignes de revalorisation transmises et autres actions positives, nous en appelons donc à une véritable prise de conscience, suivie d’un plan d’action permettant peu à peu de mettre un terme à l’achat de centaines de sapins jetables, le meilleur sapin étant encore celui que l’on ne coupe pas.

Quelques (re)sources :

Crédit photos : Pixabay

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